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Nom du blog :
predications
Description du blog :
Prédications et messages basés sur les textes bibliques d'un pasteur protestant réformé
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
17.09.2008
Dernière mise à jour :
21.08.2009
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Publié le 17/09/2008 à 12:00 par predications
Bonjour,
bienvenue sur "Prédications"
Voici une série de prédications prononcées
par le pasteur protestant (réformé)
Marc Rossier
Marc Rossier travaille actuellement
Dans la paroisse des Ormonts-Leysin
de l'EERV (Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud - Suisse)
Dans la colonne de gauche,
vous trouvez les textes bibliques
classés par ordre alphabétique
Merci d'avance pour vos commentaires !
Retrouvez également le pasteur Rossier sur le site TopChrétien :
http://www.topchretien.com/membres/view/maousse
La page paroissiale avec l'horaire des cultes :
http://www.protestant-vaud.ch/index.php?option=com_pageaccueileerv&Itemid=66
Pour des raisons de respect de droit d'auteur,
merci de prendre contact
avant toute utilisation des textes proposés.
Merci aussi de citer le nom de l'auteur
en cas de diffusion.
merci de ne pas modifier les textes
(sauf l'orthographe éventuellement !)
--
Publié le 17/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 27 novembre 2005
Un seul et même Esprit
(1Corinthiens 12,4-13 / Psaume 51,1-14 / Luc 11,9-13)
En voyant les carreaux givrés de la cure, on m’a souvent demandé : « Vous arrivez à chauffer ces vieux murs ? »
Eh bien, cette semaine en particulier, j’ai su apprécier les vieux radiateurs de cette maison. Je les ai contemplés ces radiateurs, tant et si bien qu’il se sont mis à me parler …
Je voyais le métal de ces fidèles radiateurs se détendre et craquer sous l’effet de la chaleur de l’eau qui circule en eux, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une sorte de parabole.
Et si, nous aussi, chrétiens dans le froid de ce monde, nous avions reçu à notre baptême la responsabilité d’être des radiateurs.
Regardez avec moi, ce qui caractérisent un radiateur :
Tout d’abord, ça sonne creux un radiateur. Eh oui : il faut qu’il y ait de la place, du vide dans un radiateur, sans quoi il n’y a pas de place pour la circulation de l’eau et il ne chauffera pas.
Eh bien de la même manière, il faut aussi du vide dans la vie du chrétien. Sans quoi, il n’y a pas de place pour que l’Esprit de Dieu agissent en nous. Et là où ça doit sonner creux, c’est bien sûr au niveau du temps et de l’agenda. Savoir ménager des espaces pour la prière, pour la méditation, pour la réflexion, pour prendre du recul. Seul ou avec d’autres.
Mais ça doit aussi sonner creux au niveau de la vie. Les difficultés de la vie, les creux de vague comme on dit, les revers de l’existence creusent en nous des vides. Des vides douloureux, c’est vrai. Des vides qu’on aimerait d’ailleurs bien vite remplir par toutes sortes de compensations, d’activités de distraction, pour se changer les idées.
Mais la leçon du radiateurs, c’est que ces vides, il ne faudrait pas tant en avoir peur. Dieu attire au contraire le chrétien dans le vide du désert, pour entrer en relation avec lui. Le chrétien fait cette expérience que quand les vides ne sont pas remplis par l’humain, il peuvent alors devenir espaces de rencontre pour avec le divin, espaces d’accueille pour la présence de l’Esprit de Dieu.
Alors, au cœur de ce vide, surgissent des dons du ciel : Paul nous en a fait une longue liste : l’Esprit de Dieu nous révèle la force divine qui est en nous et sur laquelle Dieu compte, quand il nous envoie en mission. Les creux deviennent alors des creusets d’où nous pouvons extraire pour le bien du monde, le meilleur de nous-mêmes : ce meilleur que Dieu a placé en nous.
Mais attention : les creux et les vides peuvent aussi nous tuer, nous déprimer. La condition incontournable pour que le vide se transforme en bénédiction, c’est ce vide en nous soit accessible à l’Esprit de Dieu. Si l’Esprit ne circule pas dans notre vide, c’est comme un radiateur sans eau. Il a vite fait de rouiller et le creux, le vide, peut alors aussi devenir en nous source de mort. Et si ce n’est pas une mort physique, elle est en tout cas spirituelle. Un radiateur vide, même en acier inoxydable, est un radiateur mort, un radiateur qui a raté sa vocation. Et c’est alors que vous pouvez tourner avec moi vos yeux vers le haut du radiateur pour contempler la vanne qui s’y trouve.
Maintenant, elles sont souvent thermostatiques, ces vannes. Ça veut dire qu’elles s’ouvrent automatiquement quand il fait froid et elles se ferment quand il fait chaud. Pour des chrétiens bien rodés, ça devient peut-être aussi automatique, mais savoir ouvrir et fermer sa vanne, c’est avant tout le fruit du discernement. Savoir repérer quand il fait chaud et quand il fait froid. Chaud ou froid dans sa vie bien sûr, mais aussi chaud ou froid dans le monde qui l’entoure. Plus il fait froid, plus la nécessité est grande d’ouvrir la vanne d’entrée. Certains disent d’ailleurs : c’est dans le malheur qu’on se souvient de Dieu. J’aurais envie de leur répondre : alors heureusement qu’il y a le malheur !
Mais malheur ou pas, de toute façon le chrétien est appelé, à un moment ou à un autre de sa vie, là où il fait froid, parce que sa vocation c’est de réchauffer les cœurs gelés.
Vous vous souvenez par exemple de cette affiche qui disait : les chrétiens vont en enfer : C’est vrai, dans cette vie-ci : parce que c’est là que notre foi peut se concrétiser, c’est là que notre foi devient effective, concrète, active. Un chrétien ne peut pas exercer sa foi, s’il n’est pas missionnaire dans l’âme, s’il ne se risque pas là où il fait froid.
Etre baptisé, c’est se faire brancher sur la réserve d’eau de la chaudière, mais on peut avoir été baptisé quand on était petit et oublier d’ouvrir la vanne. Voir oublier même qu’elle existe cette vanne. Or, que penser d’un radiateur dont l’entrée est fermée.
Un radiateur fermé, un chrétien froid, c’est d’autant plus navrant que nous sommes maîtres de notre vanne. Il suffit de le demander et elle s’ouvre.
« Demandez et vous recevrez, frappez et on vous ouvrira :
Si vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison, donc, le père qui est au ciel donnera-t-il le St-Esprit à ceux qui le lui demandent »
Jamais, nous rappelle Jésus, jamais l’Esprit Saint sera refusé par Dieu à ceux qui le lui demande. Le taux d’exaucement de ce type de prière et de 100%. Demandons l’Esprit et il nous est accordé automatiquement. Demandons l’Esprit et Dieu ouvre instantanément les vannes du ciel. Demandons l’essentiel et notre vide commence instantanément à se remplir, notre radiateur se met en route.
Mais je veux aller plus loin et considérer encore un peu mon radiateur. Ce que je vois aussi c’est qu’il y a une sortie à ces radiateurs : l’Esprit de Dieu, tu ne sais ni d’où il vient, ni où il va, mais une chose est sûre, c’est qu’il vient et qu’il va. Pour qu’il puisse agir en toi, il faut qu’il passe, et il faut surtout que tu n’aies pas peur aussi de le laisser de le laisser partir.
Normalement, vous aurez remarqué il n’y a pas de vanne à la sortie des radiateurs. Mais je dois constater que parfois dans notre vie, nous sommes tentés d’en mettre une. De peur que s’en aille ce qui nous anime et nous réchauffe. De peur que ce qui fait notre richesse nous quitte.
Mais de telles vannes, à la sortie de nos radiateurs, ce sont de véritables bouchon pour la louange.
Parce qu’après avoir traversé un radiateur, l’eau ne s’en va pas aux égouts. L’Esprit qui nous a réchauffé et qui nous a fait vivre vraiment, retourne à la chaudières, à la source de chaleur, à Dieu. Or ce mouvement, c’est le mouvement de la reconnaissance, le mouvement de la louange, le temps de dire Merci. L’Esprit fait ainsi remonter à Dieu notre reconnaissance. Et vous aurez remarqué, que bien souvent, l’eau d’un radiateur ne retourne pas à la chaudière, sans avoir passé auparavant par d’autres radiateurs qui sont branchés sur le même réseau et qui vont se réjouir de voir passer la joie de notre foi.
Parce que ça aussi c’est essentiel : c’est une seule et même eau qui relie les radiateurs entre eux et avec la source, de même qu’un seul et même Esprit relie les baptisés entre eux et avec le Christ, formant ainsi la communauté des chrétiens : le corps du Christ, l’Eglise. Chacun n’a pas sa propre petite parcelle d’Esprit. C’est exactement le même qui passe en toi et en moi. Et Paul insiste beaucoup là-dessus : Il y a beaucoup de membres, beaucoup de don, mais c’est chaque fois le même Esprit : « nous tous, juifs ou non-juifs, libre ou asservis, nous avons été baptisés pour former un seul corps par le même Esprit Saint et nous avons tous eu à boire de ce seul Esprit.
Alors aujourd’hui, nous inaugurons un nouveau petit radiateur sur le réseau, sur notre corps de chauffe. Kim Vurlod. Un petit radiateur qui va se développer sous l’effet de la chaleur divine qui circule en elle et en nous. Un petit radiateur qui va devoir apprendre à l’aide de ceux qui la précèdent, à l’aide de ceux qui vivent de la même eau, qui va devoir repérer d’où lui vient cette bénédiction, qui va devoir apprendre à ouvrir sa vanne de prière, de confiance, d’espérance et de communion avec tous les enfants de Dieu.
Il y a dès aujourd’hui chez Kim une promesse, comme il y a une promesse dans l’étoile qui nous conduit à Noël, en ce début du temps de l’Avent.
Oui, une promesse parce que dès à présent, voici un petit radiateur qui entre dans la mission de Dieu pour le monde. un petit radiateur destiné à réchauffer le froid du monde, l’hiver des hommes. Un petit radiateur qui va devenir – c’est notre vocation à tous, quel que soit le don que l’Esprit nous accorde – qui va devenir un endroit, auprès duquel, paraît-il, il fait bon se tenir.
Amen!
Une Prière :
Seigneur,
Tu nous demande de prier sans cesse. Comme pour maintenir ouverte en permanence la vanne qui nous relie à toi
Nous te demandons comme un don la grâce de réussir à te demander continuellement ton Esprit
Que nous puissions vivre toujours de toi, par toi, reliés à toi.
Pour que nous devenions un corps, ton corps, qui grandit, qui se fortifie et qui œuvre au bien de ce monde que tu aimes et que tu nous appelle à aimer.
Seigneur, tu nous appelles parfois au désert pour que, dépouillé de toutes nos sécurités et de tous nos biens,
nous n’ayons plus d’autres choix que de te remettre notre vie, nous n’ayons plus d’autre choix que de te demander d’ouvrir les vannes du ciels.
Seigneur, apprend-nous à ne pas redouter ces vides en nous, mais à les présenter avec confiance à ton amour
pour qu’ils deviennent sources de bénédiction
Seigneur, nous te prions pour ceux qui te cherchent seuls. Permet-leur de réaliser qu’ils ne peuvent pas être membres sans être du corps.
Seigneur nous te prions pour ceux qui ont charge d’une partie de ton corps, pour qu’ils sachent soigner l’accueil de ceux que tu veux adjoindre à ton Eglise.
Nous te prions pour notre monde, pour notre pays, notre commune et notre paroisse. Que le froid de l’hiver soit cause de chaleur dans les maisons, les familles, les cœurs de ceux qui te cherchent. Amen !
Publié le 23/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 23 février 2003
aux Mosses, le 25 février 2007
à Leysin, le 17 février 2008
Le pardon à soi-même
Un jour, Frère Masseo, qui avait reçu de Dieu le don particulier d’expliquer la parole divine, vint voir Saint François. Alors que ce dernier sortait de la forêt, il courut à sa rencontre et lui cria : « Pourquoi toi, Pourquoi toi ? ». Pour comprendre le sens de cette question, Saint François répondit : Que dit là Frère Masseo ?
- « Comment se fait-il que le monde entier semble te courir après, que tous veulent te voir, t’entendre, te suivre ? Tu n’es point bel homme, tu n’es ni très savant ni très sage, tu n’es pas noble, alors : pourquoi toi ? »
Alors le bienheureux François sentit un mouvement de joie agiter son esprit. Il éleva son visage vers le ciel et demeura dans cette posture durant un long moment, élevant toute son âme vers Dieu.
Lorsqu’il revint à lui, il tomba à genoux pour louer Dieu et le glorifier. Il se tourna ensuite avec élan vers le frère Masseo et lui dit : « Tu veux savoir d’où me vient ce privilège ? »
- Il m’a été attribué par le saint regard de Dieu, qui voit en tout lieu les bons et des méchants. Et ce saint regard de Dieu n’a pu distinguer parmi les mauvais, de plus grand pécheur que moi : le pire et le plus vil de tous. Le Seigneur n’ayant pas aperçu de créature plus misérable pour l’œuvre merveilleuse qu’il voulait accomplir, c’est moi qu’il a choisi.
A Dieu seul soient l’honneur et la gloire dans les siècles des siècles ! »
Cet extrait du récit de la vie de Saint-François pour introduire la troisième et dernière prédication sur le thème du pardon. Après le pardon aux autres et le pardon à Dieu, certains m’ont demandé de développer davantage le pardon à soi-même.
Ce pardon est si complexe. Chaque être humain, dès sa naissance, et pour mille et une raison, est pétri de culpabilité en tout genre. Or cette culpabilité nous détruit, parce que nous sommes nous-mêmes les pires des juges. Nous nous jugeons plus durement que Dieu lui-même, qui est par excellence amour et tendresse.
L’être humain est toujours tiraillé entre deux attitude, face au mal qui l’habite. Soit l’attitude de l’apôtre Pierre qui a renié son maître, soit l’attitude de Juda qui l’a livré.
Voyez le triste sort de Juda. Certains textes disent tellement clairement que tout ce qui s’est passé à vendredi saint était prévu par le plan de Dieu pour sauver le monde. Et voilà ce disciple, cet homme qui avait suivi Jésus comme les autres, cet homme qui, sous l’impulsion de Satan, devient la pièce maîtresse d’une machination à laquelle Dieu s’était préparé.
Juda aimait Jésus, mais pas le Jésus de la croix, le Jésus fort et glorieux, le Jésus guérisseur : celui-là, il l’aimait il espérait en lui. Il espérait un roi, un libérateur, mais à la manière des hommes. Fidèle à cet image puissante, Juda est un prétentieux. Il est sûr de pouvoir faire basculer les événements, forcer la main de Dieu.
Il pensait qu’en livrant Jésus, il forcerait Dieu à réagir, à manifester sa puissance contre les romains et contre toute la corruption d’Israël. Il pensait qu’en livrant Jésus, il obligerait le peuple à se soulever. Mais contre son attente, Jésus n’est pas à l’image qu’il s’en faisait. Jésus s’est laissé faire, ses autres disciples se sont enfui, même Pierre l’a complètement renié.
Juda a envoyé son maître à la mort, détruisant croit-il, par son geste, tout espoir. Ironie du sort. Alors il est pris d’un remord horrible et cette culpabilité le tue littéralement : le matin, avant même que Jésus ne soit cloué sur la croix, il se pend, il ne supporte pas l’idée de voir les conséquences de son acte.
Juda était libre, mais il a laissé Satan entrer dans son cœur. Or, la stratégie de Satan c’est l’opposé de la stratégie du Christ. Alors que notre Seigneur meurt pour nous libérer du Péché qui est en nous, Satan veut nous lier à notre péché. Satan, c’est la chaîne qui nous attache au boulet de notre culpabilité, alors que Jésus a entraîné nos chaînes avec lui dans la mort.
Satan nous pousse à regarder le mal, le Christ nous fait mourir à cette façon de vivre, pour ressusciter à une vie d’espérance, de confiance, de libération. Une vie de joie.
Finalement, on comprend que ce qui a perdu Juda, ce n’est pas d’avoir livré Jésus. Oui, c’était une faute, mais Dieu le savait. Jésus savait que Juda serait la victime de Satan et pourtant, à aucun moment, il ne lui a fait un reproche. Au contraire : « ce que tu as à faire, fais-le vite », lui a-t-il dit lors de son dernier repas.
Non, ce n’est pas Dieu qui a tué juda. Sa pendaison n’est pas l’exercice d’une justice divine. Ce qui l’a tué, c’est Satan, c’est le remord, c’est l’absence de pardon. Sa culpabilité a été si forte qu’elle ne lui a pas laissé le temps de voir Jésus ressuscité. Ce Jésus ressuscité qui a offert son pardon à Pierre le renégat, comme il l’aurait offert à Juda le traître.
Nous, chrétiens, nous avons ce privilège de savoir que Jésus n’est pas mort en vain, mais qu’il est mort en prenant sur lui la punition que nous méritons à chaque faux pas, à chaque erreur, à chaque faiblesse. Pourquoi continuons-nous donc à culpabiliser ?
Prenons plutôt l’exemple de Saint-François : il s’estime - et je crois que là, il ne faut pas lui imputer une fausse humilité – il s’estime le pire des mauvais. Mais au moment où Masseo lui fait remarquer qu’effectivement, il n’a rien pour mériter l’admiration de tous, loin de se morfondre dans la culpabilité, Saint-Francois, s’arrête, pris d’un mouvement de joie intense. Même lui, Dieu l’a choisi pour rayonner de sa grâce.
Lorsque nous culpabilisons. Lorsque nous regardons avec dépit nos manques, les actes que nous n’avons pas su faire, les paroles qu’il n’aurait jamais fallu dire, les pensées qui nous travaillent et que l’on déteste. Le mal que l’on fait et le bien que l’on ne fait pas. Les attentes auxquelles on n’a pas répondu. La déception des gens qui nous regardent, les critiques des autres que l’on fait sienne. Tout cela nous dénigre et nous tire en bas. Et chaque fois, c’est une part de nous-même, c’est le Juda qui sommeil en nous et qui ne voit d’autres issues que la mort pour nous délivrer de nous-mêmes.
En fait, oui, c’est bel et bien la mort qui nous délivre du péché. La mort seule peut faire mourir en nous la culpabilité. Mais il y a différentes sortes de mort. On peut mourir horriblement comme Juda sous l’impulsion de Satan et de la culpabilité, mais on peut aussi mourir comme le Christ, sous l’impulsion de la confiance. Or, cette mort, nous l’avons vécue symboliquement lors de notre baptême. Et c’est l’apôtre Paul qui nous le rappelait tout à l’heure : « Par le baptême nous sommes mort avec lui… Sachons bien ceci : l’homme que nous étions auparavant a été mis à mort avec le Christ sur la croix, afin que notre être pécheur soit détruit et que nous ne soyons plus les esclaves du péché. Car celui qui est mort est libéré du péché. » Nous avons parfois tendance à oublier notre foi baptismale. Et ce baptême, il nous faut le revivre chaque fois qu’il nous prendrait l’envie de culpabiliser à nouveau.
Se souvenir de son baptême, c’est retrouver une bonne humilité (à ne pas confondre avec humiliation), une attitude de repentance qui conduit au pardon. Parce que le refus du pardon à soi-même, c’est le résultat de l’orgueil. Et l’orgueil conduit à la culpabilité.
Je m’explique : Les êtres humains, et moi le premier, nous avons une image idéale de nous-mêmes. Et c’est parce que notre réalité faible et fautive ne correspond pas à cet idéal que nous culpabilisons et que nous refusons de nous accorder ce pardon.
C’est parce que nous sommes orgueilleux, c’est parce que nous voudrions être parfait, que nous refusons de nous pardonner nos manque et nos erreurs. Mais être baptisé, c’est mourir à de tel prétentions. C’est retrouver notre juste place de créature. C’est refuser d’écouter le murmure du serpent qui disait à Eve : « oui, vous pouvez être parfait comme Dieu ».
Etre baptisé, c’est devenir filles et fils, pour remettre le jugement au Père. Croyons nous être meilleur que notre Père pour prendre sa place et nous juger nous-mêmes ? Etre baptisé, c’est vivre cette joie de Saint-François : le mal qui est en nous n’est pas là pour la culpabilité, mais pour que Dieu puisse exercer son amour pour nous. Si nous étions parfait, Dieu pourrait peut-être nous admirer ou nous flatter, mais il ne pourrait pas nous aimer. Parce que celui qui aime, c’est celui qui sait tout ce qui ne va pas, mais qui aime quand même. Disons-le donc dans l’élan de Saint-François : A Dieu seul soient l’honneur et la gloire dans les siècles des siècles ! Amen!
Une prière pour le Pardon à soi-même
Dieu notre Père,
Tu nous accompagne, tu nous connais,
Tu sais que nous ne sommes rien devant toi sans ta Grâce.
Donne-nous la sagesse et l’humilité nécessaire au repentir.
Donne-nous la lucidité sur nous-même et sur ton amour,
Pour que nous osions ouvrir la porte de notre cœur à ta lumière.
Lumière qui met à jour nos faute non pas pour la culpabilité,
Mais pour le pardon.
Car seul, nous ne pouvons nous pardonner à nous-mêmes,
le pardon ne peut venir que d’ailleurs, il ne peut venir que de toi.
Toi qui est mort pour nous, toi qui a pris sur toi la punition que nous méritions, ne permet pas que Satan s’empare de nos cœur,
Ne permet pas que la culpabilité verouille les portes de la paix que tu nous donne.
Quand tu nous délivre, nous sommes parfois tenté de nous humilier devant toi, tant il nous semble que nous ne méritons ton pardon.
Suscite en nous, comme en Saint-François, la joie de nous savoir choisi par toi pour réaliser ton œuvre de délivrance et de paix.
Seigneur, permet-nous de nous tenir vrai devant toi, humbles et heureux. Alors nous te prions pour nos prochains qui souffrent.
Publié le 23/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 9 février 2003
Pardonner à Dieu - lui restituer son image
La dernière fois que je prêchais ici, nous avons abordé le problème du pardon aux autres. Nous disions l’importance de comprendre le pardon non pas comme un acte soudain, mais comme un processus. Un processus que nous pouvons susciter par notre volonté, mais qui est essentiellement conduit et accordé finalement par Dieu. Le pardon est une grâce de réconciliation.
Dans ce même élan, nous abordons aujourd’hui le problème du pardon à Dieu et du pardon à soi-même.
Le pardon à Dieu pourrait paraître à certains, un non-sens ou une incompréhension de l’identité de Dieu. Si Dieu est parfaitement bon, que pourrions-nous lui reprocher ? N’est-ce pas une insulte de pardonner à quelqu'un une faute qu’il n’a pas commise ?
Et pourtant, je crois qu’il est très important, dans certaines situations, de pardonner à Dieu. Parce que pardonner à Dieu me permet de découvrir le vrai visage de mon Créateur, de casser une fausse et trop répandue image de Dieu.
Une fausse image qui circule parmi les hommes depuis la nuit des temps. C’est l’image d’un puissant Dieu qui serait roi à la manière des hommes . C’est ce qu’on constate par exemple dans la civilisation Egyptienne où le Pharaon était un dieu.
L’erreur de base, c’est d’associer la grandeur et la puissance. Depuis l’aube des religions, la grandeur a été assimilée à la puissance, à l’autorité de celui qui commande, qui écrase, qui regarde de haut en bas. Le pharaon ou l’empereur Romains étaient vénérés comme des dieux. Et, du coup, chacun considérait Dieu comme un pharaon ou un empereur, plus ou moins bon, plus ou moins tyrannique.
L’Ancien Testament ne fait d’ailleurs pas figure d’exception.
Il faudra attendre Jésus pour que soit dénoncée cette fausse image d’un Dieu autoritaire, jaloux, balayant ses créatures d’un revers de main quand elles se montrent infidèles. Jésus a complètement renversé l’échelle de la grandeur : « Celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est lui qui est le plus grand »
Dans les béatitudes que nous venons d’entendre, la grandeur ne dépend pas de la puissance, mais de la vérité de ce que nous sommes, de l’humilité joyeuse, la grandeur dépend de notre esprit de service de notre esprit d’amour.
Mais ce renversement, Jésus a eu toute les peines du monde à le faire comprendre. Même à ses disciples d’ailleurs : la veille de sa mort, les apôtres rêvent encore de s’asseoir sur des trônes pour juger les 12 tribus d’Israël. C’est alors que Jésus va mettre de l’eau dans un bassin et va laver les pied sales de ses disciples : avec le repas de la Cène, voilà un des dernier geste que Jésus laisse en enseignement de la vraie grandeur de Dieu. La vraie grandeur à laquelle il appelle l’homme.
Mais la grandeur associée à la puissance persiste malheureusement encore partout sur notre terre. On croit que les Etats-Unis sont grands parce qu’ils sont puissants. Saddam Hussein est vénéré parce qu’il résiste aux USA. Et plus près d’ici, on jalouse celui qui gagne 55000.- par jour chez Novartis.
En associant grandeur et puissance, il est difficile de se dépêtrer de l’image d’un Dieu tout puissant, qui décide souverainement de ce qu’il fait et de ce qu’il s’abstient de faire. Mais face à un tel Dieu, les êtres humains sont condamnés à une prière craintive et à se soumettre à un climat de fatalité. C’est là que les psy on raison en parlant d’une religion aliénante.
Concrètement, cette fausse image de Dieu implique que puisqu’il peut tout, alors toute maladie et tout malheur peuvent lui être reproché. La souffrance d’un ami, la mort d’un enfant, l’accident, le cancer, la guerre, les tyran, les sadiques, la pollution et toutes nos petites ou grandes misères personnelles, si ce n’est pas Dieu qui les a provoqués, il les a en tout cas tolérés.
Et voilà le tableau : une humanité blessée par un maître d’univers despotique. Chacun d’entre nous est couvert de blessure petites ou importantes, autant de blessures qui réclament justice ou pardon. Quand mon frère, me blesse, je peux lui accorder mon pardon, mais quand je me rends compte qu’il est aussi blessé que moi, ou alors quand il s’agit d’une catastrophe naturelle, c’est vers Dieu que je me tourne mon incompréhension, et ma révolte, c’est vers lui que je pousse un cri. Peut-être bien un cri qui ressemble à celui du Christ sur la croix : Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Ce qui me paraît intéressant dans l’idée de pardonner à Dieu, c’est que c’est tout à fait incongru, ça renverse les rôles. Parce que : accorder vraiment le pardon, c’est un acte de souverain, c’est un acte de liberté. Je ne peux pas en même temps être soumis et pardonner. Ce ne serait pas un pardon ce serait de la résignation.
Ça me paraît difficile de pardonner à Dieu, tant que l’image que nous avons de lui reflète un maître tout puissant, un être souverain qui n’a pas besoin d’être pardonné, qui n’a besoin de rien pour vivre, et surtout pas de nous. C’est difficile de pardonner à un Dieu dont nous sommes les jouets.
Et pourtant, si nous ne le faisons pas, il va rester au fond de l’homme, une rancune larvée, un détresse, une incompréhension, une déception qui vont empêcher toute réconciliation.
Alors que si nous écoutons et si nous regardons Jésus, nous découvrons un Dieu-humain qui prêche et qui recherche l’amour. Jésus nous révèle un Dieu-Père, un Dieu-Frère qui a besoin de notre amour, qui a besoin de réconciliation : « m’aimes-tu » demande-t-il à Pierre le renégat.
Quand je pardonne à Dieu, je casse en moi son image de Dieu juge et tout puissant. Cette fausse image de Dieu ne résiste pas au pardon d’un être fragile comme l’homme, qui exerce sa liberté.
Alors les yeux de celui qui pardonnent s’ouvrent : Dieu ne s’est pas présenté sur son trône de gloire. Il n’a pas resplendi de 1000 feux pour que chacun soit obligé de se voiler la face. Non il se révèle beaucoup plus proche, beaucoup plus simple : dans la crèche, dans l’humanité d’un charpentier de Nazareth, dans une grandeur qui n’est que toute humaine. La grandeur de l’amour.
Alors oui Dieu est roi, mais son Royaume n’est pas de ce monde, il ne ressemble pas à notre manière de penser la grandeur. La vraie grandeur aux yeux de Dieu, elle se trouve dans l’amour.
Or, s’il y a bien une caractéristique à l’amour, c’est qu’on ne peut pas forcer quelqu'un à aimer. Dieu règne par la grandeur de l’amour, mais ne pourra jamais nous forcer à aimer. Le vrai amour ne pourra jamais être le fruit d’un être craintif. Le véritable amour ne peut rayonner que d’un être libre. C’est pour cela que Dieu n’est pas un pharaon ou un empereur qui domine. Il a besoin de notre liberté pour régner : pour que règne l’amour et la réconciliation.
En nous se combattent donc deux images de Dieu. Paul dirait que deux lois se disputent notre être : la loi de l’Ancien Testament qui révèle le péché, et la grâce de Dieu qui nous justifie.
D’un côté la domination peut-être rassurante, mais surtout réductrice d’un puissant Roi, de l’autre l’espérance d’un Père pour ses enfants. Même Jésus, au plus fort de sa souffrance, s’est laissé trompé par l’image pharaonique de Dieu. Lui qui s’adressait toujours à Dieu en lui disant « Père ». Vous remarquez que, sur la croix, au moment où il se sent abandonné dans une détresse toute humaine : soudain il se met à l’appeler « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ». L’homme qui se révolte est toujours tenté d’en appeler à un Dieu lointain, tandis que l’homme qui pardonne commence à percevoir ce Dieu comme un Père.
L’attitude du pardon nous fait entrer dans l’intelligence d’une autre image de Dieu, mais aussi et surtout d’une autre image de l’homme : dans notre fragilité, nous sommes grand et nous sommes promis au bonheur des béatitude. Et peut-être pouvons-nous, sans nous glorifier pour autant, réaliser que : « Plus c’est humain, plus c’est divin ».
Dès lors, peut-être que, paradoxalement, dans la confession de nos péchés, il faudrait ajouter le péché de ne voir en nous que le mal. Le péché de ne pas considérer la lumière divine que Dieu a placé en nous. Cette liberté d’aimer. Liberté d’aimer Dieu, liberté d’aimer son prochain, liberté de s’aimer soi-même.
La grâce du pardon nous permet de continuer d’aimer, malgré nos blessures.
Et comme l’apôtre Pierre, celui qui a renié trois fois, celui qui se croyait grand parce qu’il était fort, peut-être que comme lui nous pouvons entrer dans la guérison de notre faute et de notre culpabilité à l’écoute de cette question de Jésus : « m’aimes-tu ? »
Amen!
Une prière :
Père, nous te prions
Pour ce monde qui blesse, pour ce monde qui tue
Pour ce monde qui se croit grand quand il se croit fort
Pour ce monde angoissé et soumis à de fausses images de toi.
Père, sois celui qui nous rend notre dignité
au cœur de notre misère
Sois celui qui nous permet le pardon en toute liberté,
Le choix de l’amour en toute liberté.
Accorde-nous une image restituée de nous-mêmes,
Une image de fille, une image de fils
Portant en eux l’héritage lumineux de leur Père,
Pour que ton amour rayonne
Pour que chacun te confesse et puisse un jour te dire d’une seule et même voix : Notre Père, qui es aux cieux.
Amen !
Les Béatitudes (Matthieu 5)
Quand Jésus vit ces foules, il monta sur une montagne et s’assit. Ses disciples vinrent auprès de lui et il se mit à leur donner cet enseignement:
3 Heureux ceux qui se savent pauvres en eux-mêmes,
car le Royaume des cieux est à eux!
4 Heureux ceux qui pleurent, car Dieu les consolera!
5 Heureux ceux qui sont doux,
car ils recevront la terre que Dieu a promise!
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de vivre comme Dieu le demande, car Dieu exaucera leur désir!
7 Heureux ceux qui ont de la compassion pour autrui,
car Dieu aura de la compassion pour eux!
8 Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu!
9 Heureux ceux qui créent la paix autour d’eux,
car Dieu les appellera ses fils!
10 Heureux ceux qu’on persécute parce qu’ils agissent comme Dieu le demande, car le Royaume des cieux est à eux!
11 Heureux êtes-vous si les hommes vous insultent, vous persécutent et disent faussement toute sorte de mal contre vous parce que vous croyez en moi.
12 Réjouissez-vous, soyez heureux, car une grande récompense vous attend dans les cieux. C’est ainsi, en effet, qu’on a persécuté les prophètes qui ont vécu avant vous.
Publié le 23/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 12 janvier 2003
à Leysin, le 9 mars 2003
aux Mosses, le 22 février 2004
le pardon aux autres
La grâce et la paix que nous souhaitons au début du culte, la grâce et la paix que se souhaitent plus largement les chrétiens entre eux et notamment l’apôtre Paul dans chacune de ses lettres. La grâce et la paix, c’est ce qu’on pourrait appeler le terreau de l’épanouissement de l’homme et de la femme.
Or, ce qui nous fait obtenir la grâce et la paix, la Bible le désigne par un concept qui peut parfois paraître abstrait : le concept de pardon. A l’origine de la paix et de l’épanouissement du cœur, il y a le pardon, la force de réconciliation.
Nous sommes aujourd’hui le premier dimanche du carême. Le Carême c’est ce temps de retrait personnel, de réflexion, ce temps de jeûne où nous nous préparons à comprendre le message de la croix de Jésus. Il est mort pour le pardon de l’humanité nous dit la Bible. Quel est donc ce pardon. Qu’est-ce qu’il y a derrière les mot du Notre Père : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Il y a trois sortes de pardon. Le pardon aux autres, le pardon à soi-même et, si bizarre que ça puisse paraître, aussi le pardon à Dieu. Parce que la grâce et la paix nécessitent ces trois type de réconciliation. Avec Dieu, avec soi-même et avec les autres.
Je veux aujourd’hui parler du pardon aux autres.
Souvent, quand nous sommes pris à froid sur la question, nous ne voyons pas tellement à qui nous aurions besoin de pardonner. Dans nos relations aux autres on recherche toujours un certain équilibre, équilibre plus ou moins stable, plus ou moins vivable qui nous fait dire volontiers : Ça va pas trop mal
Mais au fond, si on prend le temps de creuser et de sonder notre cœur, on sent qu’il y a des aspect de notre vie qui coincent. Des blessures mal cicatrisée, des haches de guerre mal enfouie.
Toujours, il y a toujours au moins une relation où le manque de pardon nous fait souffrir. Mais ce n’est pas toujours évident de savoir qui. Quelle ancienne situation continue inconsciemment à nous moisir l’existence. Pour en connaître l’identité, il faut bien souvent le demander dans la prière et la méditation. S’arrêter pour interroger son cœur. Qu’est-ce qui le travaille ce cœur, qu’est-ce qui englue sa joie et son rayonnement ?
D’où viennent ses blessures, mal cicatrisées. A qui avons-nous besoin de pardonner, c’est en dialogue avec soi-même et avec Dieu que nous pourrons trouver le ou les destinataires de notre pardon. En général, quand on prend le temps d’entrer dans ce genre de méditation, on se rend vite compte qu’il y a en fait une multitude de gens qui nous ont blessé, peu ou fortement.
Mais face à cette avalanche de blessure et de frustration passée que nous avions cru oublier, il est bon de n’en choisir qu’un à la fois. Peut-être la personne avec laquel nous avons le plus à faire. Un pardon à la fois pour éviter de se décourager avant d’avoir commencé.
Parce que la démarche n’est pas si évidente qu’elle n’en a l’air au premier abord. Une fois qu’on réalise qui nous a offensé, surgit en général une première réflexion : Le pardon, c’est facile, il suffit de ne pas rompre le contact avec celui qui nous a offensé. Il suffit de bâcher, de cacher la blessure sous une bâche comme on cacherait une coupure sur un pansement en attendant que le temps et la nature s’en occupe. La première idée, c’est que pardonner, c’est facile, mais si, dans la méditation, on se sonde en profondeur, survient rapidement l’idée contraire : non, en fait, le cœur n’est pas comme le corps, il est plus fragile et se guérit moins facilement. En fait, pour être sincère, le vrai pardon, ça tend plutôt du côté de l’impossible. Je ne peux pas, je suis trop blessé pour passer par-dessus. Pardonner se révèle une attitude hypocrite. Je dis que je pardonne, mais si je n’ai pas réellement le cœur en paix, c’est que j’ai pris sur moi de faire taire les sentiments contraires, mais la sensibilité ne se laisse jamais oublier, si elle n’est pas vraiment guérie.
Ce qu’il faut dire, c’est que le vrai pardon, s’il se vérifie au niveau des sentiments, il ne se joue pas au niveau des sentiments.
Ce n’est pas en essayant de modifier ses sentiments qu’on parvient à pardonner. Les sentiments sont les indicateur de la progression du pardon, mais pas le moteur de ce pardon.
Le moteur du pardon, au départ, c’est la volonté. A un moment donné, je dois prendre la décision de pardonner. Alors seulement, peut commencer un travail de partenariat avec Jésus et la force de la croix. Dès le moment où j’accepte de m’engager dans cette marche vers le pardon, je peux demander à Jésus de venir habiter et fortifier cette décision. Parce que le véritable moteur du pardon ne se trouve pas en nous, mais en Dieu. C’est notre volonté qui prend la décision de mettre en route ce processus divin, mais c’est Jésus qui transforme et apaise les cœur.
On se rend compte alors que c’est impossible de pardonner d’un seul coup comme on presserait sur un interrupteur. Le pardon c’est un processus, le pardon, c’est une guérison intérieur, une guérison du coeur. Ça peut prendre des semaines, des mois, des années.
Le processus du pardon doit s’accompagne d’ une pratique quotidienne de prière et de méditation. Attention : il ne s’agit pas de se mortifier pour mériter le pardon. La prière et la méditation sont avant tout relation, confiance et espérance.
Confiance et espérance, parce que le pardon n’est pas une récompense, c’est une grâce, c’est gratuit. La paix du cœur, chez la victime comme chez l’offenseur, c’est un cadeau de Dieu qu’on ne peut ni mériter, ni acquérir en solitaire. On peut simplement l’accueillir au fur et à mesure qu’il nous est accordé.
Parce que dès que notre décision est prise, le travail commence. Jésus est à l’œuvre dans notre cœur et dans le cœur de celui qui nous a offensé. Lui seul peut le faire et c’est à lui qu’il faut s’en remettre. Le pardon est un engagement quotidien non pas pour réclamer jusqu’à ce que Dieu exauce notre demande, mais pour être partenaire de Jésus dans le processus, pour être disponible à son action de guérison intérieure.
Ainsi, lorsque la grâce du pardon nous est accordée, ce n’est pas parce que nous avons trimé dans la prière, mais c’est parce que Dieu a agit et que nous nous sommes laissé faire.
Autant Dieu veut se réconcilier avec les hommes, autant c’est son objectif que les hommes se réconcilient entre eux. Parce qu’il sait bien lui que le pardon libère et rend à l’homme sa dignité.
Remarquons que quand Jésus guérit un malade, il le libère en lui disant que ses péché sont pardonnés.
C’est parce que là où il y a blessure et que le pardon n’est pas donné, alors il y a des liens, il y a de véritables chaînes. Non seulement chez celui qui a blessé, enchaîné qu’il peut être dans sa culpabilité, mais surtout chez la victime. Comme le blessé a besoin de médicament pour se remettre, le cœur de la victime a aussi besoin de pardon pour se libérer de la rancune et de sa révolte.
Souvent la victime croit punir celui qui l’a fait souffrir en lui refusant le pardon. Mais en fait, elle se punit elle-mêmes, si elle ne parvient pas à se libérer de ce lien d’inimitié qui la relie à l’autre.
Tant que le pardon n’a pas encore été accordé, nous gardons un pouvoir sur celui qui nous a blessé. Rien que de dire à quelqu'un qu’il faudra qu’on lui pardonne, c’est l’enfermer dans la force destructrice du remord, c’est le blesser à notre tour. C’est une forme de vengeance destructrice. Nous le lions à sa faute, nous l’enchaînons dans sa culpabilité.
C’est la force des persécuteurs sournois qui l’ont bien compris, eux qui passent toujours pour des victimes et à qui on n’ose rien dire.
Mais les pouvoirs basés sur la culpabilité et la rancune, ce sont ce que l’apôtre Paul appelle les intentions de Satan.
Dès que nous acceptons de perdre ce pouvoir sur celui qui nous a offensé, si nous continuons de prier pour le pardon, alors petit à petit, le Seigneur vient couper ces liens et restaurer l’amour.
Il peut arriver que celui qui nous a blessé ne l’a tellement pas fait exprès, ou que nous avons tant d’amour pour lui, que nous n’avons pas le cœur à lui pardonner notre blessure. Il peut arriver que la personne qui nous a blessé n’est pas au courant du mal qu’elle nous a fait subir, il peut arriver que notre offenseur ne demande pas notre pardon. Tout cela pourrait nous pousser à ne pas nous engager sur le chemin du pardon. Mais c’est une erreur. Toute offense doit être pardonnée, ne serait-ce que pour soi-même.
Le plus affreux c’est quand des personnes meurent dans la rancune ou dans la culpabilité. Parce que Jésus fait ce constat terrible : « Tout ce que vous interdirez sur terre sera interdit dans le ciel. »
Le pardon est un processus de prière et de méditation. Un chemin qui commence par soi. Et c’est un exercice de tous les jours : une seule blessure a parfois besoin d’être pardonnée jusqu’à 70x 7 fois.
Il n’est pas bon d’être seul pour accomplir une telle tâche.
« Si je pardonne dit Paul, je le fais devant le Christ, afin de ne pas laisser Satan prendre l’avantage sur nous ; nous connaissons en effet fort bien ses intentions »
Amen!
Publié le 24/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée sur l'alpage du Lavanchy Poy, le 18 juillet 2004
Le Vestiaire
J’ai vu un ou deux matchs de l’Euro 2004, et j’ai été frappé par une chose. La télévision nous montre l’action sous tous les angles possibles, et même au ralenti s’il le faut, par contre il y a une chose qu’elle ne nous montre pas. Et pourtant c’est justement là que se joue quelque chose de décisif pour le match. Ce qui est caché au spectateur, ce sont les vestiaires de la mi-temps.
Et bien souvent, il semble que les équipes jouent différemment après ce passage au vestiaire.
Après s’être heurté à l’adversaire, après avoir tenté différentes stratégies, le vestiaire est en même temps un lieu que les joueurs espèrent, mais qu’ils craignent aussi.
Un lieu qu’ils espèrent parce que c’est un lieu de repos, un lieu pour reprendre souffle, pour reprendre des forces, mais c’est aussi la confrontation à l’entraîneur. Et en général, l’entraîneur n’est pas un homme attendri sur le pauvre sort de ses joueurs. Je suis sûr que 9 fois sur dix, il leur passe un savon et leur faire la morale, selon les lois du foot.
Et les joueurs ressortent des vestiaires bien différents qu’ils n’y sont entrés. En même temps pleins d’énergie et de courage. Quelque chose s’est passé loin des caméras. Ils ont changé. Et ils vont changer leur manière de jouer.
Et bien, j’aimerais faire aujourd’hui la comparaison entre de tels vestiaires et ce culte qui nous rassemble. Le monde dans lequel nous vivons est aussi sous le feu des projecteurs.
Tout ce qui peut l’être, est passé au crible par les médias et la télévision.
Or sur le stade du monde, les médias nous révèlent des adversaires nombreux et bien organisés. En face de l’équipe – que j’appelle, à défaut, l’équipe des humains – se dresse l’équipe du profit. L’équipe du profit est nettement mieux organisée, nettement mieux sponsorisée, nettement mieux financée.
Ce qui distingue essentiellement les deux équipes, c’est que celle du profit ne compte que des joueurs qui ont été acheté. Ils ont joué à la loterie, au casino, et ont répondu à de multiples appels et concours pour « Profiter ». On leur a fait miroiter je ne sais quoi qui les motive à bloc pour gagner ce match.
Mammon, le nom de l’entraîneur est bien connu. Depuis des siècles il tient sa place d’une main d’argent et ses joueurs tremblent devant lui. Il faut dire que les soigneurs de l’équipe du profit ressemblent plutôt à des videurs. Dès qu’un joueur n’est plus au top, on le jette dehors et il aura de la chance s’il se fait recueillir par l’équipe humaine.
Il faut dire qu’il y a de fréquents changements d’équipe. Bon nombre de joueurs n’attendent pas la fin du match pour échanger leur maillot. Certains humains se font séduire par les performances du profit et les joueurs qui ont été sucés jusqu’à la moelle par Mammon atterrissent souvent dans l’équipe humaine.
Et nous voici au vestiaire de la mi-temps. Nous voici dans ce lieu paisible des montagnes et de la nature, ici au Lavanchy Poy. Nous voici dans cet espace de repos, pour reprendre souffle et reprendre courage. Pour faire le point aussi non seulement sur notre situation de joueur, mais aussi sur la situation globale de ce qui se passe dans ce monde.
Mammon, qui ne perd jamais le nord, n’oublie pas de donner du travail à ses joueurs pendant la mi-temps : « il n’y a pas de petits profits ». C’est ainsi que de nombreux joueurs sur la terre ont oublié comme il est bon de se retrouver au vestiaire pour se poser et pour faire le point de la situation.
Le point de la situation, c’est aussi le briefing avec l’entraîneur. En l’occurrence, les entraîneurs de l’équipe des humains ne sont pas des dieux comme Mammon. Ce sont des hommes et des femmes qui rappellent le but du jeu, le but de l’équipe, qui rappellent pourquoi le stade du monde a été créé. Certainement pas pour le profit.
Ces entraîneurs, ce sont des prophètes, comme Jonas, comme Jean-Baptiste. Et avec eux, la mi-temps des vestiaires n’est pas seulement un doux repos. Ils n’ont pas que des mots tendre pour nous. Avec eux, les joueurs ne pourront repartir dans la partie qu’après avoir pris conscience de la dramatique situation. Qu’elle soit personnelle ou globale.
La situation est dramatique parce que le profit est en train de littéralement rétamer l’humanité, de l’étouffer, de lui faire perdre son identité. Et l’humanité n’aura bientôt plus assez de force et de ressource pour ramasser les lambeaux humains que Mammon laisse sur son passage.
Alors les vestiaires, c’est pour reprendre courage, pour se ressourcer à la source de la résurrection, cette force du Seigneur – euh pardon… du Soigneur - qui nous remet les humains debout.
Mais les vestiaires c’est aussi pour que la situation et les paroles de l’entraîneur nous atteignent suffisamment pour que nous changions de comportement. C’est à ce prix que la catastrophe pourra peut-être être évitée.
Parce que changer le monde, ça commence par chacun d’entre nous. A Ninive, quand Jonas commence à décrire la situation, ce sont d’abord les habitants qui abandonnent leurs mauvaises habitudes, et ensuite, en voyant cela, c’est le roi qui prend conscience de la gravité de l’avertissement. Alors il a l’intelligence de relayer cet avertissement du prophète pour l’ensemble de son royaume.
Mais ça ne sert à rien d’attendre que le roi ou les politiques changent de comportement. Ça commence par la responsabilité de chaque habitant, de chacun de nous.
Si vous regardez à la télévision le match qui est en train de se jouer dans le monde, vous réaliserez vite qu’il n’est pas possible qu’un milliard de chinois accède au mode de vie occidental sans ruiner les ressources planétaires, vous constaterez qu’il ne reste plus beaucoup de temps avant que le profit ne marque d’autres buts désastreux, comme il l’a fait en Irak dernièrement. Et c’est comme si le temps s’accélérait. Des pays entiers se développent à une vitesse folle alors que nos pays occidentaux ne sont pas près à faire la moindre concession pour équilibrer l’impact humain sur notre écologie par exemple.
Si vous regardez les statistiques, vous verrez que les joueurs du profit n’arrivent plus à renoncer, même à ce qui leur est inutile, même dans des choses toutes simples. Combien de grosses voitures 4x4 circulent et polluent des villes qui n’ont jamais vu plus de 2 cm de neige.
Alors faut-il attendre que le match soit perdu, que Mammon triomphe au dépend même de ses propres joueurs, pour espérer qu’un autre monde renaisse de ses cendres ?
Ce n’est pas mon parti. Et aujourd’hui, dans ce lieu de retraite, dans ce lieu de paix qu’affectionnent particulièrement tous les touristes qui ont besoin, au cœur de leur partie d’une mi-temps dans de tels vestiaires. Aujourd’hui, je veux reprendre ici mon souffle et mon courage. Mais je veux aussi accueillir les nouvelles du monde et entendre cette voix de Jean-Baptiste qui veut que je ne quitte plus ce lieu avant d’avoir changé. Parce que, malgré les apparences, le Royaume de Dieu est proche. Chacun est à deux doigts d’accéder à cette victoire de l’humain sur le profit, mais il y a un décrochement à faire. Une bifurcation à prendre dans notre vie. Pour laisser le Christ devenir notre maître. Maître de l’amour contre Mammon, maître du profit.
Ce temps du vestiaire, ce temps du changement, de la conversion au Christ, voilà le sens du baptême. Le sens de cette mort et de cette résurrection symboliques qui marquent l’alliance avec Dieu, le signe distinctif des joueurs de l’équipe humaine.
Le baptême inscrit en nous, comme pour Eva et Lara, le baptême inscrit en chaque chrétien le signe de l’espérance. Qui nous donne l’élan pour repartir dans cette folle partie du monde contre le profit. Le baptême marque aussi notre choix de changement. Parce qu’avec le baptême tu ne repartiras pas du vestiaire comme tu y es venu.
Amen!
Une Prière :
Seigneur
Nous sommes venus dans ce lieu de paix, dans ce lieu de ressourcement, pour nous tenir dans ta présence
et recevoir de toi la force et le courage pour notre vie,
pour accomplir nos responsabilités dans la partie de ce monde.
Mais nous savons aussi qu’il nous faudrait changer.
Changer d’attitude et changer parfois en profondeur aussi.
Pour pouvoir accueillir ce Royaume qui est le tien,
ce Royaume qui est à portée de nos mains.
Nous avons besoin de ta Parole et de la force de ton baptême
Pour nous remettre debout encore et encore.
Pour ressusciter à la vie éternelle dès aujourd’hui.
Nous te remettons nos propres situations.
Nous te présentons aussi les situations des proches qui nous tiennent à cœur.
Viens bénir chacun, viens bénir notre monde
et ne permet pas que l’argent et le profit
nous éloigne de la saveur de la vie.
Amen !
Publié le 24/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 1er janvier 2006
Réveil et grande perplexité
Quand je dors, il y a une chose que je n’aime pas, c’est d’être réveillé. Ce changement d’état est très agréable, et pourtant, dès ses premiers mots, ses premières paroles dans l’Evangile de Marc, Jésus vient pour me réveiller :
Le moment est venu (o kairos). Les temps sont accomplis. Le Règne de Dieu est tout proche. Changes et acceptes avec foi la Bonne Nouvelle.
Voilà la toute première prédication de Jésus. Les deux premières phrases de son ministère. Or cette prédication a été efficace, faudrait-il y ajouter quelque chose ?
Nous pouvons tout au plus entendre encore cette prédication dans d’autres traductions : Le temps est accompli, et le royaume de Dieu s’est approché. Convertissez-vous, et croyez à l’Evangile.
J’entends… mais est-ce que cette prédication me nourrit ? Est-ce que ces deux phrases sont propres à me toucher, à me mettre en route comme les quatre disciples qui répondent instantanément à l’ordre de Jésus.
Un ordre sec d’ailleurs. Il n’y a même pas de verbe. Les traductions françaises ont adouci le ton, mais Jésus ne dit que trois mots qui ressemblent à un réveil militaire : « ici, derrière moi ! » Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jésus ne s’étire pas dans de longue explication persuasive. L’appel est cinglant, et la prédication n’est pas des plus explicites.
Si toutes les prédications se bornaient à ses 2 phrases, quel serait l’avenir de nos cultes ? chaque mot pose question :
C’est quoi le temps ? Ça veut dire quoi qu’il est accompli ? Le Royaume de Dieu consiste en quoi ? Il est proche ? Proche comment ? Convertissez-vous, changez : changer pour devenir quoi ? Et acceptez avec foi la bonne nouvelle : c’est quoi cette bonne nouvelle.
Avouez que Jésus brille plus par l’obscurité de ses phrases que par la clarté de son message. Je vous mets au défi de répondre simplement à une seule de ces questions.
Pourtant à ce moment-là, Jésus était tout seul à marcher dans la région du lac de Galilée, il ne pouvait pas encore se reposer sur les pasteurs et théologiens, pour qu’ils traduisent.
Comment la prédication de Jésus a-t-elle donc pu prendre racine ? Comment a-t-elle pu mettre en route des Simon et André, des Jacques et Jean ?
Il doit nous manquer un échelon. Il doit nous manquer un filtre, un épisode ou quelque chose qui puisse nous expliquer en quoi la parole de Jésus a pu revêtir autant d’autorité.
Or, ce qui nous manque semble en même temps incontournable et en même temps inaccessible.
Même l’apôtre Paul, excellent interprète de la mission du Christ, l’apôtre Paul reste lui-aussi très emprunté pour expliciter cette prédication de Jésus. On dirait une simple paraphrase, écoutez encore : « vous savez en quels temps nous sommes : c’est l’heure de vous réveiller enfin de votre sommeil. Car maintenant, le Salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour est proche. »
Vous voyez: il est question du temps : Vous savez en quel temps nous sommes. « Vous savez » ? Pas sûr qu’on sache vraiment. A quoi correspond vraiment, ce temps de Dieu, en grec Kairos. Je vous ai certainement déjà parlé de ce Kairos, cet événement où Dieu vient à notre rencontre dans le temps humain, cet événement à ne pas louper ?
Paul continue : c’est l’heure de vous réveiller enfin de votre sommeil. Ah ? Parce qu’on dort ? C’est une autre manière de parler de conversion sans doute : se réveiller. Mais en quoi consiste ce réveil, et en quoi consiste le sommeil ? Pouvez-vous me dire, ce matin dans cette assemblée, qui est réveillé et qui est endormi ? Il ne s’agit évidemment pas d’un sommeil physique.
La nuit est avancée, continue Paul, le jour approche. Le Salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru.
Je ne sais pas pour vous, mais ces paroles me laissent perplexe. Même si j’entends effectivement deux choses.
La première chose que j’entends, c’est qu’il y a quelque chose de bien qui s’approche. Qui est tout proche, mais qui n’est pas là. Qu’est-ce que c’est exactement ? Mystère. Mystère de Dieu. Mais c’est quelque chose d’important, de bon, qu’il serait dommageable de louper.
Or c’est justement la deuxième chose que j’entends, c’est qu’il ne faudrait pas rater cet événement.
Or, se préparer, être prêt pour la surprise, il semble que ça consiste à vivre aujourd’hui déjà, comme si ce Royaume était déjà là. Il faut vivre en pleine nuit, comme s’il faisait jour. Il faut se réveiller avant l’aurore.
Vivre dans la nuit, comme si le jour s’était déjà levé. Mais ça reste une image abstraite. Et je me pose une question toute bête, et peut-être impertinente, mais problématique tout de même : Comment en vivant dans la nuit, comment pourrions-nous connaître le jour, si nous ne l’avons jamais connu, s’il n’est pas encore survenu. Comment est-ce que des être de la nuit, pourraient-ils connaître et revêtir, comme le dit Paul, les armes de la lumière ?
Ça me fait penser à cette histoire des deux aveugles qui vont séparément consulter un voyant, pour savoir ce qu’est la couleur verte. Le voyant, rassemblant tout son savoir dit au premier : la couleur verte est douce comme du velours. Au second, il dit : la couleur verte est douce comme une berceuse. Le lendemain, il croise les deux aveugles qui sont en train de se disputer, chacun croyant détenir la vérité : la couleur verte est comme du velours ! – non, rétorque l’autre : comme une berceuse.
Comment pourrions-nous connaître ici-bas la réalité que nous réserve Dieu ? Comment pourrions-nous nous y préparer ? Comment nous réveiller alors que nous n’avons même pas conscience de dormir ? Comment nous préparer à la lumière alors que nous ne pensons pas être dans l’obscurité ?
Changez ! Convertissez-vous dit Jésus. Changez ! Réveillez-vous ! Dit Paul. Voilà le maître-mot de l’Evangile. Il nous faut naître de nouveau, naître d’en haut, naître d’eau et d’Esprit. Autant d’expression pour désigner une seule et même réalité. Une réalité incompréhensible tant qu’on n’en a pas fait l’expérience. On ne peut pas comprendre la prédication de jésus si on n’a pas fait cette expérience du réveil. Jésus est le voyant et nous sommes les aveugles. Comment pourrait-il être plus clair dans ses explications théoriques ? C’est une expérience, c’est à dire qu’il n’y a rien à comprendre, mais qu’il y a à expérimenter. A vivre ce réveil. On ne peut pas le décrire par des mots. Et même si on le pouvait, en serait-on plus avancé ? Comment expliquer la couleur verte à un aveugle ? Comment, à moins qu’il ne puisse voir par lui-même ?
Socrate parlait de cette expérience en disant, c’est comme si un homme, enchaîné dans la pénombre d’une grotte, était tout à coup libéré et pouvait sortir pour voir vraiment en pleine lumière, ce qui provoque les ombres dans le monde de la grotte.
C’est une expérience spirituelle, c’est une expérience mystique. C’est une expérience qui semble réservée qu’à certains élus éveillés. Le Royaume de Dieu est proche, tout proche. Proche comme Jésus était proche des pèlerins d’Emmaüs qui cheminaient avec lui, mais leurs yeux sont empêchés de le reconnaître.
Il faut un réveil brutal pour faire tomber les écailles de nos yeux. Il faut un réveil – et Dieu sait si le réveil est un événement désagréable – il faut un réveil sec et sonnant pourtant, pour sortir de notre grotte, de nos illusions, de nos théories sur la couleur verte, ou je ne sais quoi encore. Un réveil qui claque comme un ordre : « Ici ! Derrière moi ! » et sans autre explication, sans autre preuve, sans autre rhétorique, voilà 4 hommes qui deviennent disciples du Christ.
Ils étaient pêcheurs, ils deviennent disciples, ils changent d’état, ils se réveillent. Et Jésus leur fait cette promesse bizarre :
« Je ferai que vous deveniez des pêcheurs d’hommes » y a-t-il en fait, de plus belle image ? Ça veut dire quoi pêcher ? Excusez-moi d’entrer dans des explications évidentes, mais ça veut simplement dire, sortir un être de son élément et il meurt. Sortir un poisson de l’eau et il meurt.
Suivre Jésus, devenir son ouvrier, devenir pêcheur d’homme, c’est sortir des femmes et des hommes de leur élément, de leur contexte de vie courante, pour les amener dans un autre monde. Et c’est extrêmement violent comme passage.
Qui ne s’est pas déjà attendri devant l’horrible vision d’un poisson pris dans les filets ? Eh bien c’est ça que Jésus nous réserve. Le Royaume de Dieu est tout proche : comme la surface n’est pas loin du poisson, comme le filet est tout prêt de nous saisir. Et nous croirons mourir, mais ce sera pour renaître. Or pour survivre à ce réveil brutal, pour survivre dans la lumière après la nuit, pour survivre dans l’air au sortir de l’eau, il nous faut déjà, ici est maintenant, nous préparer. Paul utilise l’image de l’habit. Dépouillez-vous de vos habits de la nuit et revêtez déjà ceux de la lumière. Ça c’est toujours abstrait, je suis d’accord. Paul essaie d’être plus clair en ajoutant : « revêtez le Seigneur Jésus-Christ ».
Revêtez le Seigneur Jésus-Christ ! Vous vous rendez compte de la manière dont Paul témoigne de son expérience : C’est absolument prodigieux : revêtez le Seigneur Jésus-Christ. Revêtez le Seigneur Jésus-Christ et abandonnez les préoccupations de la chair. Autrement dit : Changez de chair. Ecoutez encore pour finir, comment Paul rend compte de son réveil brutal, c’est dans sa lettre aux Galates : J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi;
Ce n’est ni une morale, ni une loi, ni un appel aux bonnes œuvres, c’est une expérience. Une expérience mystique pour sortir des illusions et marcher vers la Vérité, vers la Vie véritable sur le Chemin que le Christ est lui-même.
Il ne s’agit pas de quitter le monde. Les deux aveugles et le voyant ne sont pas dans des mondes différents, mais dans des perceptions différentes.
Revêtez le Seigneur Jésus-Christ : n’est-ce pas là, la réalité qui nous est proposée autour de la Sainte-cène ?
Amen!
Une Prière :
Seigneur,
Toi le Chemin, la Vérité et la Vie,
Toi le Sauveur, toi qui vois ce qui nous demeure invisible
Passe aussi à côté de notre barque et lance ton appel cinglant
Seigneur, nous voyions que la vision du monde dans lequel nous vivons n’est pas satisfaisante. Et pourtant nous avons peur d’en sortir. Nous avons peur d’ouvrir les yeux. Nous avons peur de quitter nos illusions.
Nous avons peur que ce monde nous rejette, comme il t’a rejeté toi et tes serviteurs.
Seigneur, nous avons peur parce que nous ne connaissons pas la vérité à laquelle tu nous appelle.
Seigneur, pourtant, nous aspirons à la Vérité. Nous voudrions connaître dès aujourd’hui la réalité éternelle.
Viens prononcer pour chacun de nous les 3 mots qui ont réveillé tes apôtres. Viens nous mettre, nous aussi, en marche derrière toi. Viens faire de nous des pêcheurs d’hommes, par notre vie, par notre joie, par la découverte de ta présence et de ta vie en nous.
Oui, viens vivre en nous. Permets-nous de nous revêtir de toi. Et nous n’aurons plus peur.
Amen !
Publié le 24/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 15 janvier 2006
et aux Les Mosses, le 29 janvier 2006
l'Esprit impur dit "Je sais"
(Ecclésiaste 11, 5-8 / Apocalypse 3,15-20 / Marc 1,21-28)
Nous en sommes encore au début du ministère de Jésus, aux premières pages de l’Evangile. Et la question que le lecteur doit garder à l’esprit, comme à l’affût d’une perle, c’est : que vient-il faire ce Jésus, que vient-il dire, où veut-il nous emmener ?
En fait, il parle très peu. Il vient de mettre à sa suite, quatre pêcheurs avec cette promesse : « Je ferai que vous deveniez des pêcheurs d’hommes ». Cet appel est accompagné d’une prédication des plus déroutante et des plus mystérieuse : « le Royaume de Dieu est proche, changez et croyez à la Bonne Nouvelle ».
Nous en sommes là quand Jésus, entre avec ses disciples dans la ville de Capharnaüm. Nous sommes à l’affût des moindres indices qui vont nous mettre sur la piste. Que va-t-il se passer ?
Le jour du sabbat arrive – jour du Seigneur – et Jésus se rend à la synagogue. Et là il enseigne. Il enseigne quoi ? Mystère. Mystère et frustration pour nous-autres lecteurs. Le texte nous dit que toute l’assemblée est frappée par l’autorité de cet enseignement. Mais rien à propos du contenu de la prédication de Jésus.
Jésus enseigne avec autorité. C'est-à-dire qu’il domine les textes bibliques, alors que les scribes ne se sentaient pas autorisé à dominer les écritures, mais seulement à les expliciter, à les rendre clair. Avec Jésus, l’autorité n’est pas dans l’Ecriture Sainte, mais en lui.
Mais malheureusement semble-t-il, nous n’avons aucune espèce d’idée de ce qu’il raconte. Depuis que nous avons commencé à lire l’Evangile de Marc, nous ne savons décidément pas grand chose de ce Jésus.
Or, voilà quelqu'un qui va justement nous renseigner. Voilà quelqu'un qui va nous en dire un peu plus. Au milieu des tous ces paroissiens qui sont venus à la synagogue, voilà un homme qui se lève et qui s’écrie, visiblement très contrarié : « Qu’est-ce qui est pour nous et pour toi, Jésus de Nazareth ? »
C’est une expression araméenne typique, pour essayer de remettre chacun à sa place, chacun sur son territoire : « Qu’est-ce qui est à nous et qu’est-ce qui est à toi ? Jésus le Nazaréen ! »
Ah, ah ! voilà un indice intéressant, en ce qui concerne l’identité de ce Jésus : Il semble qu’on n’est pas du même bord, toi et nous. Et l’homme poursuit : « Es-tu venu pour nous perdre ? » on croirait entendre un poisson qui s’adresse à un pêcheur. Tu veux me tuer ? Tu veux me sortir de là où je suis, mais qu’y a-t-il de commun entre ton monde et le mien ?
En fait, Jésus est en train d’enseigner ses disciples, par la pratique. Il est leur maître d’apprentissage : voici comment on devient des pêcheur d’hommes !
Mais l’homme continue : et là, si on est bien attentif à la scène, on s’aperçoit que c’est là que Jésus se prend sa première claque : « Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! Je sais qui tu es !».
Il faut bien voir ça : Jésus est pris au dépourvu : il est démasqué ! Nous lecteur, on croit savourer enfin une petite victoire sur notre frustration. Voilà quelqu'un qui sait et qui nous dit : qui est ce Jésus.
Mais la joie du lecteur est de courte durée. Jésus réagit au quart de tour : « Tais-toi ! » « Tais-toi et sort de cet homme ! »
Eh oui, ce que nous venons d’entendre, nous n’aurions pas du l’entendre. Jésus a réagit trop tard. Et la suite nous montre qu’il ne se laissera plus prendre au dépourvu. Dorénavant, il ne laissera même plus parler les esprits impurs.
Oui, parce que c’est un esprit impur qui a parlé. Paradoxal, vous ne trouvez pas ? Dans les paroles de cet homme, qu’est-ce qui pouvait bien nous laisser entendre qu’il parle dans un esprit impur ? « Je sais qui tu es, Jésus de Nazareth, le saint de Dieu ? »
Nous venons d’entendre ce que Jésus n’aurait pas voulu que nous entendions. Pourquoi ne fallait-il pas que nous entendions cela ? Et bien il y a là quelque chose de central dans la vie spirituelle du chrétien.
Celui qui dit : « je sais ». « je sais qui est Jésus ». Celui qui, au début de l’Evangile dit déjà : « Je sais qui tu es Jésus de Nazareth ». Celui-là n’a pas acquit la pureté de l’esprit. Il parle trop fort, il parle trop vite, c’est un homme dont l’Esprit n’est pas en paix. Il a peur.
Certaines traductions françaises disent de lui, que c’est un homme tourmenté par un esprit mauvais.
Bien sûr, instinctivement, quand j’entends ça j’ai vite fait de classer le bonhomme. C’est un tordu, un malade, rien à voir avec moi.
Mais le texte grec dit simplement que l’homme parle dans un esprit impur. Dès lors, Est-ce que ça ne pourrait pas m’arriver à moi aussi ? Parfois ? Si je me pose la question à l’envers : Est-ce que l’esprit dans lequel je parle est toujours pur ?
Si je ne suis pas attentif à l’enseignement de ce passage, au seuil de l’Evangile, cet homme ne risque-t-il pas d’être une image de moi ?
Son esprit n’est pas pur, il n’est pas libre, avant même de vivre, il est déjà rempli de prétendu savoir. Celui qui commence à lire l’Evangile en pensant qu’il va lire l’histoire d’un Jésus qu’il connaît déjà, celui-là fait fausse route. Il condamne d’avance toute surprise, tout émerveillement.
Pourquoi est-ce que c’est impur de dire « je sais » dès les premières pages de l’Evangile ? Pour plusieurs raisons certainement, mais tout d’abord, parce que c’est la formulation d’un savoir abstrait ! Or un savoir abstrait constitue toujours un écran entre mes yeux et un réalité. Or un savoir abstrait sur Jésus pourrait bien nous couper de lui, de sa véritable identité, de sa présence.
Ce n’est pas ainsi qu’on connaît Jésus ! Ah ah ! Mais ne serait-ce pas là, la raison pour laquelle l’Evangile ne mentionne pas le contenu de la prédication de Jésus. Est-ce pour me préserver d’un prétendu savoir abstrait, que l’évangéliste me maintient dans la frustration, m’empêche de connaître le contenu des prédication de ce Jésus ? Si telle est l’intention de l’Evangile, alors : bienheureuse frustration ! Les paroles sans la personnes auraient toute les chances d’être stériles.
Jésus enseignait avec autorité ! Ce ne sont pas ses paroles qui sont revêtues d’autorité, c’est Lui ! c’est sa présence. La frustration devrait susciter la question : où es-tu Seigneur et non pas qu’as-tu dit ?
Jésus n’a pas dit à ses disciples, venez écouter mon enseignement, il leur a dit suivez-moi « ici, derrière moi !»,
les invitant à s’imprégner non seulement de ses parole, mais surtout de sa présence. Jusqu’à ce qu’on dise non pas « je sais qui est Jésus », mais « je vis avec lui »
« Celui qui écoute mes paroles et ne les mets pas en pratique, celui-là est un insensé qui construit sa maison sur le sable » voilà ce que dit Jésus. Un insensé, c’est celui dont l’esprit est déconnecté de la réalité, celui dont l’esprit est emmuré par des concepts, par des idée, on peut dire de cet esprit qu’il est impur. C’est quelqu'un qui ne vit pas mais qui se contente de dire : « je sais, je sais puisque j’ai écouté les paroles de vie »
Le chrétien qui parle de Jésus, aux moyen de paroles déconnectées de la personne même du Christ, dans un savoir abstrait. Ce chrétien, intellectuel brillant parle en fait par le biais d’un esprit impur. Et vous voyez que ce matin je suis le premier en danger, comme pasteur, de vous parler de manière abstraite et vous êtes en danger de croire que l’important, ce sont les parole, alors que l’important, c’est la personne de Jésus.
La personne de Jésus ici, à vos côtés, maintenant. La personne de Jésus qui, par l’Evangile, fait votre apprentissage, comme il le fait avec ses disciples. Dans le contact, dans la relation, dans le touché, dans le regard, dans la présence. et pas dans la théorie pure. Même si - dans l’ensemble de la relation - la théorie et les paroles ont aussi leur place. Mais jamais désincarnée. -Jésus n’avait pas besoin de s’incarner, si c’était pour nous transmettre un savoir pur-
Et il faut ce méfier de cette forme d’impureté de l’esprit, comme d’une maladie. On le vérifie dans la suite du récit : L’esprit impur fait instantanément des dégâts. Jésus, nous l’avons vu, a réagit trop tard. Il lui a dit Tais-toi, mais les paroles étaient déjà prononcées. Et voilà le résultat. Le texte grec nous montre quelque chose que le français ne dit pas. Le français dit : « la renommée de Jésus se répandit aussitôt dans toute la région de Galilée. » le grec dit : « la renommée de Jésus sortit aussitôt ».
Or ce verbe sortir, c’est le même verbe que Jésus utilise pour dire à l’esprit impur « sort de cet homme ». C’est le même verbe qu’on retrouve quand il est dit qu’après avoir violemment secoué l’homme, l’esprit impur sortit dans un grand cri.
De même que l’esprit impur est sorti de l’homme, en parallèle la renommée de Jésus s’étend dans toute la Galilée. Le savoir sur Jésus se répand comme une traînée de poudre. Un savoir faux : la suite va le démontrer. Nous verrons la prochaine fois comment tout le monde amène les malades à Jésus pour qu’il les guérisse. Ces gens n’ont pas eu le temps de comprendre qui est Jésus. Ils se fient à la rumeur, il croient savoir. Et Jésus va se trouver piégé par ce prétendu savoir. Les gens vont le forcer à guérir alors qu’il n’est pas venu pour cela. Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’il fait, ce qu’il dit, mais ce qu’il est. Il le dira lui-même (Marc 14) : vous aurez toujours des pauvres et des malheureux avec vous. Mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours.
Au début de l’Evangile, ce passage nous montre un premier écueil sur le chemin qui conduit à la vie éternelle. Un premier obstacle sur le chemin de la conversion et de la foi en la Bonne Nouvelle. L’écueil d’un savoir qui précéderait la contemplation et la compagnie de Jésus. L’écueil d’une connaissance sans expérience.
[et je peux vous dire que bien souvent, j’aurais certainement mieux fait de me taire, mais Jésus a encore réagit trop tard]
Amen!
Une prière :
Seigneur Jésus
C’est toi que nous voulons.
C’est ta vie que nous voulons partager
C’est à ton invitation que nous voulons répondre
Tu ne nous envoie pas un courrier,
Tu te tiens à notre porte et tu frappes
Tu viens nous pêcher
Tu viens nous sortir par ta présence, par ta vérité, par ton chemin, des illusions qui font de notre monde un monde étouffant.
Tu viens tourner en bourrique nos théories parce que tout à coup, tu es là. Et ça, il n’y a rien de plus vrai.
Nous voulons marcher dans ton sillage
Permet-nous de nous imprégner de toi
Permets-nous de cheminer sans peur, même si c’est sans savoir où tu nous conduis.
Permets-nous d’entrer dans la confiance, celle des enfants
Ceux qui te disent par toute la terre : Notre Père…, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, *que ton règne vienne, *que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.*Donnes-nous aujourd'hui notre pain de ce jour,*Pardonnes-nous nos offenses *comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous…
Publié le 24/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée à Vers-l'Eglise, le 26 mars 2006
Le Miracle comme moyen
(Psaume 32 / actes 14,8-20 / Marc 2,1-12)
Qui est Jésus et qu’apporte-t-il ? Au début du deuxième chapitre de l’Evangile de Marc, nous le voyions réintégrer la vie sociale, alors que, souvenez-vous, après avoir touché un lépreux à la langue bien pendue, il avait été contraint de vivre à l’extérieur des lieux habités.
On le voit revenir « à la maison » dit le texte. On appris qu’il était « à la maison », mais il s’agit probablement de la maison de Pierre et d’André. Il ne s’agit en tout cas pas de la maison de Jésus. Depuis le début de son ministère, Jésus n’as plus un lieu à lui. Alors, Jésus se trouve à nouveau dans cette maison où il s’était déjà fait littéralement assiégé par toute la population de la ville au chapitre précédent. On lui avait amené tous les malades, les blessés de la vie, les souffrants. Jésus avait beaucoup guéri, mais il y avait un malaise. Et finalement Jésus s’était échappé, s’était enfui comme un voleur avant que la foule ne revienne le lendemain. Capharnaüm était restée depuis, comme une ville orpheline de son guérisseur.
Mai Jésus revient « à la maison » et la foule aussi. Instantanément, la maison se rempli de toute sortes de curieux, si bien qu’il est impossible d’entrer ou de sortir. Est-ce que l’histoire est en train de se répéter ? Est-ce que Jésus va à nouveau se faire coincer ? Obligé de faire des actes miraculeux ? Non quelque chose a changé. La situation s’est transformée. La population a grandit, elle a mûri, apparemment. C’est peut-être pour cela que Jésus a osé revenir. Qu’est-ce qui a changé ?
Le texte nous dit « Jésus leur donnait son enseignement ». Voilà ce qui a changé. Les gens sont venus, non plus comme au devant d’un distributeur de miracle, mais au devant d’une source d’enseignement. Cette fois-ci, la foule ne prétend pas savoir ce que Jésus doit faire en lui amenant tous ses malades. La foule écoute, elle est attentive : peut-être que ce Jésus, on l’avait catalogué trop vite. Ecoutons d’abord ce qu’il a à nous dire. La situation a changé et le rythme du texte s’est un peu apaisé. On sent d’ailleurs que Jésus est nettement moins tressé par les événements : enfin il a l’occasion de faire ce pour quoi il est venu : Prêcher.
Si nous en croyons l’Evangile de Jean qui dit que Jésus, c’est la parole de Dieu devenue homme, on comprend que Jésus est dans son élément, il est dans son axe, il est dans sa mission, lorsqu’il a l’occasion de faire retentir cette parole.
Or, voilà un détail important à remarquer aussi : Cette fois, ce n’est pas le jour du sabbat et Jésus n’est pas à la synagogue. Il est « à la maison ». Et c’est là qu’il enseigne. Détail d’importance, si qui préfigure peut-être le phénomène ultime de l’Evangile : quand Jésus meurt, le rideau du Temple, qui cachait le Saint des saints, se déchire de haut en bas.
Depuis la mort de Jésus, le Temple ne sera plus la demeure exclusive de Dieu. La synagogue ne sera plus le lieu exclusif de l’enseignement. Et déjà, ici, au début de son ministère, Jésus donne les prémisses de cette révolution : il prêche « à la maison ». Dans ce lieu du quotidien, dans ce lieu des banalités, dans ce lieu qui n’a rien d’humainement sacré. La maison devient le lieu de la présence de Dieu. L’homme devient le nouveau temple de Dieu. La Parole libératrice de Dieu sort d’un homme - d’un fils d’homme - pour venir se lover dans le cœur d’autres hommes qui l’écoutent.
Même le jour du Sabbat n’est plus réservé. Nous sommes là, selon toute vraisemblance, un jour de semaine. Jésus fait de notre quotidien, de nos activités ordinaires, le lieu de sa présence, le lieu où tout à coup la parole de Dieu peut nous rejoindre.
Et si rien ne nous est – une fois de plus - dévoilé sur le contenu de cet enseignement. Les lecteurs que nous sommes peuvent commencer à se dire que ce silence persistant du texte n’est pas le fruit du hasard. Le fait que l’Evangile ne révèle jamais le contenu de la prédication de Jésus, cela ne génère-t-il pas une frustration qui nous pousse à transformer notre attente ? Comme la foule de Capharnaüm, n’est-il pas nécessaire pour nous aussi, lecteur, de changer, de passer d’une attitude où on croit savoir ce que Jésus doit nous apporter, à une attitude d’écoute et d’attention sur ce qui ce dit et ce qui se passe « à la maison ». Puisque nous ne pouvons pas connaître ce que Jésus a dit, puisque nous ne sommes pas au bénéfice des paroles qui ont transformé la vie des auditeurs, n’est-ce pas une invitation à attendre autre chose de l’Evangile ?
Alors je fais cette hypothèse : Et si, l’Evangile au lieu d’être un recueil de parole de vie, n’était pas bien plutôt un outil, pour entendre la Parole de vie ? Et si, l’Evangile, au lieu d’être un recueil sacré des paroles de Dieu qu’on ne lit que le dimanche à l’Eglise, si l’Evangile devenait un outil du quotidien, que l’on rencontre la semaine, « à la maison » ?
Un outil de la maison, comme un téléphone : en soi, un téléphone, ça ne dit rien, mais, s’il sonne et si je le décroche à ce moment précis de la sonnerie – ni avant, ni après – voilà que cet outil me permet de recevoir un contenu. Or, j’ai peut-être le même téléphone que mon voisin, mais ça ne veut pas dire que je recevrai la même parole que mon voisin. Ce n’est pas parce que j’ai le même Evangile que je recevrai la même Parole.
Un téléphone, ça peut changer la vie. Mais ce n’est même pas l’outil lui-même. C’est ce que cet outil va permettre.
Il faut que je comprenne comment ça marche, que je lise éventuellement le mode d’emploi. Il faut que je le branche, au réseau, réseau de la prière, réseau de l’Esprit Saint. Et il y aura de nombreux téléphones qui ne changeront pas ma vie. Il y aura de nombreux texte de l’Evangile qui ne me parleront pas plus que ça. Mais un jour, tout à coup, un coup de fil va faire un nœud au fil de ma vie, un nœud à mon estomac, une prise de conscience salutaire. Parce qu’à l’autre bout, ce sont des paroles d’amour qui seront prononcées.
Vous savez, on dit : tous ceux qui ont gagné à la loterie avaient acheté un ticket. Et bien tous ceux qui ont été transformé par l’Evangile avaient pris le soin de le lire, de décrocher au moment où ça sonne - ni avant, ni après.
Finalement n’est-ce pas un bien que nous ne connaissions pas le contenu des paroles de Jésus, alors qu’il était « à la maison » ? Les paroles qui ont été prononcées à ce moment-là ont bouleversé la vie des gens qui les entendaient, parce que ces paroles leur étaient destinées, à eux. Pas à nous. Pas à nous parce que les paroles qui nous sont destinées ne sont certainement pas les mêmes que celles qui étaient destinées au habitant de Capharnaüm. Les paroles qui nous concernent ne doivent pas nous rejoindre dans le quotidien des auditeurs de Capharnaüm, mais bien dans le nôtre de quotidien. C’est « à la maison », dans la nôtre de maison, chez nous, que retentira la parole qui nous est destinée personnellement.
L’Evangile, le récit de la vie de Jésus est un outil. C’est le même Evangile pour le soldat romain du 3e siècle, le paysan du moyen-âge, l’artisan du 18e siècle ou pour toi aujourd’hui. Jésus est à la maison. Il n’est pas au temple, il n’est pas à la synagogue, il n’est pas il y a 2000 ans, il est chez toi, aujourd’hui. C’est là que les signes de ton salut vont naître, c’est là que la parole du maître va retentir. Si tu veux bien décrocher quand ça sonne.
Et voici immédiatement un exemple. Un groupe d’homme qui décroche au moment où ça sonne. Vous savez, le téléphone, ça ne sonne jamais au bon moment. C’est rare de se trouver auprès du téléphone quand il sonne. Or pour ce groupe d’homme, le moment n’est pas facile. Lorsqu’ils s’approchent de la maison en portant un ami paralysé sur sa litière, la maison est pleine. Et je vous propose de voir ces hommes et ce paralysé comme s’ils formaient un tout. Comme si c’était possible pour le lecteur que nous sommes, de s’identifier à l’ensemble de ce groupe qui cherche à atteindre Jésus à la maison. Ce groupe, c’est toi, c’est moi, c’est le chrétien, chaque fois qu’il cherche à rencontrer Jésus à domicile en lui amenant le fardeau de sa vie. Ce qui est paralysé dans ma vie, ce qui ne peut plus bouger dans ta vie. Ce qui se meurt sans porter de fruit.
Mais, et là c’est un enseignement pour nous : la maison est encombrée. Encombrée de gens qui obstruent l’accès à ton maître. De quoi est encombrée notre maison ? De quoi est encombré notre quotidien ? Pourquoi n’est-ce jamais le bon moment quand le téléphone de Dieu sonne ? Où reste-t-il de la place pour un long téléphone, un téléphone méditatif ? Où reste-t-il du temps pour la lenteur, pour l’apaisement, pour les mûrissements discrets, pour l’attention aux affaires du cœurs et de l’âme ? Reste-t-il de l’espace pour rencontrer notre sauveur ? Non !
Bien souvent non ! force est de constater que nos soucis, nos agenda, nos dépendances, nos passions et que sais-je encombrent notre accès au Christ.
Que fait alors ce groupe qui porte le paralytique ? Retourne-t-il en arrière ? Que fais-tu toi : reviendras-tu quand tu auras du temps ? à la retraite comme disent les travailleurs … mais combien de retraités disent : on a encore moins de temps qu’avant.
Non, ce groupe ne rebrousse pas chemin. Et c’est bien là ce qui suscite l’admiration de Jésus. Ce groupe d’homme va trouver un moyen, il va trouver un chemin, même s’il faut démonter la maison. Même s’il faut brûler la politesse à toutes nos obligations terrestres et sociales.
Et effectivement, ces hommes vont jusqu’à démonter la maison. Ils interrompent l’enseignement du Christ, il dérangent tout le monde. Le salon est très certainement envahi de poussière au grand scandale, très certainement, de la belle-mère de Pierre. Mais tant pis : c’est trop important que ce qui doit se passer aujourd’hui se passe effectivement aujourd’hui et pas demain. Quand le téléphone sonne, c’est là qu’il faut décrocher. Voilà la foi de ces hommes.
Et c’est exactement cela e qui sauve ce groupe d’hommes. C’est sa volonté d’aller jusqu’au bout : « Quand Jésus voit la foi de ces hommes, il dit au paralysé : Mon fils, tes péché sont pardonnés »
Jésus ne regarde pas la foi du paralysé, il voit l’obstination de ceux qui ont tout bouleversé pour que la rencontre puisse avoir lieu « à la maison ». Rencontre entre le Christ et leur membre paralysé.
La suite du récit, ce que Jésus va faire, vous pourrez le méditer « à la maison ».
Amen!
Une prière :
Seigneur, Quand nous allons te chercher très loin, quand nous te scrutons au loin, dans le sacré, dans le dimanche, dans l’inaccessible mystère du ciel ou du Temple, permets-nous de considérer combien tu es proche. Permets-nous de percevoir ta présence « à la maison »
Libère-nous de ce qui nous encombre la vie, de ce qui entrave notre accès à toi et à l’éternité de vie que tu nous propose.
Accorde-nous l’obstination de ce groupe qui va démonter la maison pour qu’elle puisse devenir un espace de rencontre avec toi.
Permets-nous d’être comme les compagnons du paralysé, des porteurs d’espérance, des porteurs de persévérance, et même d’obstination pour que les plus démunis puissent te rencontrer.
Dans cet élan, nous t’apportons déjà aujourd’hui dans notre prière, tous nos proches qui souffrent. Dans notre prière nous ouvrons le toit pour tout ce qui est paralysé dans notre paroisse, dans notre Eglise.
Nous glissons aussi par ce trou de notre prière, tout ce qui en nous et dans notre monde est guidé par la peur et par le profit. Tout ce qui veut combler les moindres recoins de la vie et de la planète. Politiciens, Financiers, mutinationales et autres paralysés de la générosité, tétraplégiques de la compassion, ignorants de tes priorités. Garde-nous de nous complaire dans leur sillage et fait de notre communauté planétaire, ton Eglise, dans la justice, dans la dignité et dans la paix.
Publié le 24/09/2008 à 12:00 par predications
Prédication du pasteur Marc Rossier
prononcée aux Diablerets et aux Mosses, le 5 février 2006
et à Leysin, le 19 mars 2006
Jésus ne répond pas aux urgences
(Actes 28,1-9 / Marc 1,29-39)
Vous êtes certainement au courant du projet de construction d’un hôpital régional dans le Chablais. Des dizaines de milliers de francs ont été dépensés en études pour connaître le meilleur emplacement de cet hôpital.
Le critère le plus important – du moins c’est ainsi qu’on l’a présenté à la population – le critère le plus important, c’est le temps d’accès. Que ce temps d’accès soit le plus court possible, pour la plus grande partie de la population chablaisienne.
Combien faudra-t-il de temps à l’ambulance et à l’hélicoptère pour acheminer les urgences jusqu’à l’hôpital. Je suis sûr que ce critère en a convaincu plus d’un. Et les professionnels des secours sont formels : le temps, c’est de la vie. Il ne faut pas risquer de le gaspiller.
Ainsi, l’homme occidental, peut-être influencé par le syndrome de Superman, voit comme une évidence, le fait de voler au secours des gens en perdition. Suis-je en train de vous parler d’un évidence ?
Le texte d’aujourd’hui pourtant, toujours au début de l’Evangile de Marc, nous révèle un Jésus qui ne répond pas à ce critère. A cette évidence. Le texte de ce matin, peut soit nous couler dessus sans nous mouiller parce que nous l’avons entendu et réentendu mille fois, soit véritablement nous éclabousser, si nous prenons la peine de nous intégrer dans la scène, pour devenir les témoins d’un tableau vraiment choquant.
Jésus viens d’exorciser un esprit impur de la Synagogue de Capharnaüm. Nous sommes en effet encore le jour du Sabbat et l’impression que Jésus a fait sur les auditeurs s’est répandue comme une traînée de poudre dans toute la ville.
Or « Aussitôt » : Aussitôt dit le texte, Jésus sort de la Synagogue et se rend à la maison de Simon-Pierre et d’André.
Jésus n’attend pas de récolter les fruits et les éloges à la sortie du lieu de culte. Aussitôt, il disparaît dans un lieu privé, la maison de Pierre et d’André. Il se dérobe aux questions et au admirations, mais dès qu’il arrive, on lui parle de la belle-mère de Pierre qui a de la fièvre.
Aussitôt, dit même de nouveau le texte, le rythme est très soutenu, aussitôt on parle à Jésus de cette belle mère fiévreuse. Jésus, sans prononcer une seule parole, va la chercher, la fait lever, la fièvre la quitte et elle se met à les servir. Tout s’est passé en en éclair. Personne ne lui pose de question.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jésus a l’air de faire ça, en passant. La guérison, en un seul verset, est sans doute la plus anodine et la plus discrète de l’Evangile.
Ensuite, ils s’installent au salon et se font servir. Une question vient immédiatement au lecteur juif. Peut-on guérir, peut-on servir le jour du sabbat ? En plus des guérisons, L’autorité de Jésus, qui s’était manifestée à la Synagogue sur les Ecritures, cette autorité se manifeste ici sur la loi. Et pas la moindre. L’interdiction de travailler le jour du sabbat.
Avec cette manière de faire, Jésus va se mettre à dos non seulement les maîtres de la loi et les Pharisiens, mais il va donner un prétexte de critique à tous ceux qui auront été déçu de lui. Or des déçus, il ne va pas tarder à y en avoir.
La population de Capharnaum, elle, est beaucoup plus respectueuse puisqu’elle attend le coucher du soleil - la fin du sabbat - pour sortir de partout et se presser devant la porte de Pierre avec tous les malades, les infirme et les démoniaques que compte la ville. Là aussi, le temps s’accélère. La foule n’attend pas le lendemain. A peine le soleil est couché, les portes des maisons sont comme de petit barrages qui cèdent et qui déversent dans les rues un flot humain, pressé et tumultueux.
Il faut voir ce tableau saisissant : il fait nuit, est une foule immense, remplie de créatures déchues, des démoniaques, des malades.
Sur cette scène, la maison où se trouve Jésus est véritablement assiégée. Jésus est coincé. Au propre comme au figuré. Au fur et à mesure que se succèdent les gens vers le seuil de la maison, il guérit et il exorciser. Cette fois, contrairement à ce qui s’est passé à la synagogue, Jésus prend bien garde d’empêcher les démoniaque de révéler sa véritable identité.
En un instant, Jésus a passé de l’homme anonyme, à l’homme de Dieu sur lequel se ruent tous les frustrés et tous les blessé de la vie. Il est assiégé. Dieu a permis qu’il se laisse assiéger en pleine nuit par les maladies et les souffrances.
Le texte montre relativement peu de relation entre Jésus et les gens qu’il guérit. Il guérit à tour de bras, à la pelle.
Pourtant la nuit s’avance, certains déjà rentrent chez eux, ils reviendront demain à la première heure, la foule est trop nombreuse pour accéder à ce guérisseur.
Finalement la foule se disperse, probablement tard dans une nuit qui donne enfin droit au repos dont chacun a besoin.
Jésus pourtant, se lève avant tout le monde, alors qu’il fait encore nuit, il sort en secret de la maison et se rend dans un lieu désert. Il s’échappe. Il disparaît : il va prier. Et il va prendre le temps. Comme si ce temps qui s’accélérait tout à coup le dépassait. Il a besoin de plus de temps pour le digérer. Il va prier, seul. Le lendemain matin, il y donc deux scènes aux allures bien différentes. D’un côté, Jésus qui prie seul dans le désert, de l’autre, la foule qui, dès les premières lueurs, se presse déjà devant la maison de Pierre.
Ce disciple est évidemment pris au dépourvu. Comme l’organisateur d’un concert qui se rend compte que son idole de chanteur a disparu. Mais il n’a aucune idée d’où a bien pu passer son maître. Aussitôt, Pierre se sent investi d’un rôle, d’une responsabilité. Comme une sorte de coach, il va se sentir responsable de ce Jésus.
C’est la première fois dans l’Evangile de Marc, qu’un disciple prend une initiative. Alors qu’ils étaient passifs, se contentant de suivre et d’écouter, les 4 disciples prennent l’initiative de retrouver celui que tout le monde attend.
Ils ont sous les yeux le triste spectacle de la foule en détresse, de tous ces gens qui ont besoin d’être guéri, de cette humanité en souffrance. Pierre et ses compagnons sont les premiers chrétiens à s’activer pour soulager la souffrance du monde. Pour voler au secours de ces gens, il s’empressent de se mettre à la recherche de Jésus.
Ces disciples, il faut les voir un peu comme les messager des supplications humaines, les porteurs de prières. Vous savez, un peu comme l’Eglise catholique estime que les saints portent et soumettent à Dieu nos besoins et nos demandes.
Un peu peut-être aussi comme une ambulance va chercher quelqu'un dans la détresse pour l’amener à l’hôpital. Sauf que là c’est l’inverse. Ils vont chercher l’hôpital, ils vont chercher le médecin pour l’amener là où on a besoin de lui.
Lorsqu’ils le trouvent. Et si on se met à leur place, on imagine bien leur stupéfaction. Ils subissent de plein fouet, le contraste entre les deux tableaux. D’un côté l’urgence des besoins, de l’autre, la prière, la solitude, le désert. Qu’est-ce qui se passe ici ? Ce n’est pas là que tu es attendu Seigneur ! Les disciples ne savent pas quoi dire d’autre que tout simplement : « Tout le monde te cherche ». « tout le monde te cherche » une phrase si simple qui exprime et résume à elle seule toute la soif de l’humanité à la recherche de Dieu. Ce Jésus n’est-il venu que pour disparaître aussitôt ? « Tout le monde te cherche ! »
Or quand tout le monde nous cherche, c’est soit que nous sommes un malfaiteur et alors, nous avons meilleur temps de prendre nos jambes à notre cou et de déguerpir, soit que nous sommes un bienfaiteur, et alors qui fuirait les éloges et l’admiration de tous les bénéficiaires de nos largesses ?
Pourtant Jésus, lui, s’éloigne.
La foule en attente, la foule en besoin, la foule en détresse ne le verra pas. Il est parti. Avec les disciples qui étaient censé le ramener. Pas d’ambulance, pas d’hôpital, pas de médecin.
Alors que ça paraît pourtant une évidence, Jésus ne vole pas au secours de ceux qui ont besoin de lui. Il n’est pas un superman sorti tout droit du ciel pour nous soustraire au malheur. Au contraire il s’éloigne.
Et je vous propose de bien contempler cela, de bien sentir la terrible déception qui en résulte. Imaginez-vous dans cette foule. Une foule qui attend les bras ballant, les yeux hagards, jusqu’à ce que les moins motivés se mettent à quitter les rangs. Et finalement ce sont les plus tenaces dans l’espoir qui s’en retournent chez eux, effondrés ou furieux.
Les sentiments de cette foule, c’est la première lézarde d’un fissure qui va grandir tout au long des chapitres, jusqu’à la rupture totale : Ce Jésus, on n’en veut pas ! Il nous a trompé, il nous a déçu, il nous a abandonné : Crucifiez-le !
Imprégnez-vous de ces sentiments de la foule, parce c’est ce qui nous attends quand on réalise que Dieu ne répondra pas à nos prières. Et c’est très important, parce que si nous ne sommes pas déçu de ce Dieu-là, nous risquons bien de ne pas découvrir le vrai visage de Dieu. En suivant Jésus ce visage va se révéler petit à petit. Mais pour le moment, Jésus ne nous révèle pas tant ce que Dieu est, mais plutôt ce qu’il n’est pas !
Jésus n’est pas venu pour répondre aux besoins de cette foule. Et c’est exactement ce qu’il répond aux disciples : « Tout le monde me cherche ? Allons ailleurs, dans les villages voisins, je dois prêcher là-bas aussi, car c’est pour cela que je suis venu ».
Pour quoi Jésus est-il descendu du ciel ? Pour prêcher ! Pas pour répondre à cette foule en attente, pour prêcher. Prêcher quoi ? Mystère. Mystère de l’Evangile de Dieu : « Le Royaume des cieux est proche, convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle » nous n’en savons rien de plus.
Le premier écueil, c’était de croire connaître Jésus avant de l’avoir suivi jusqu’à la fin de l’Evangile, ainsi que le proclamait l’homme possédé par un esprit impur à la synagogue. Le second écueil sur la parcours du chrétien, c’est de croire que Jésus est venu pour répondre aux désir de cette foule qui attend devant la maison de Pierre.
Mais le parcours n’est pas fini. Et les disciples n’ont pas fini d’être bousculé à la suite de ce maître décapant. La frustration et la déception devraient nous inciter à la même attitude que celle des disciples : continuer à suivre cet homme tout au long des pages de l’Evangile. Peut-être finirons-nous par le connaître et par goûter à la vie qu’il vient nous proposer
Amen!
Une prière :
Seigneur,
Comment bien te prier,
Que te dirons-nous pour que tu nous entendes ?
Permets-nous de ne pas te chercher pour te ramener à nous,
Mais, bien au contraire,
permets-nous de te suivre pour que tu nous emmène à toi.
Tu as les paroles qui donnent la vie.
Accordes-nous de lâcher ce qui entrave notre marche à ta suite.
Donnes-nous le privilège de quitter ce qui nous semble si central et que tu ne tiens pour rien.
Suscite en nous une confiance et une espérance suffisante pour te suivre sans comprendre.
Nous sommes simplement ainsi devant toi. Tu nous connaît mieux que nous-mêmes. Prends soin de nous.
Prends soin de nos proches.
Offre à notre paroisse l’essentiel.
Ouvre sous nos pas un chemin de vie, sur lequel nous pourrons marcher ensemble pour témoigner à ta suite de l’Evangile de Dieu.
Amen !